Excellente occasion de réécouter ou de découvrir « Le tour du
monde », une des plus belles œuvres de Jean-Claude Darnal CLIQUEZ ICI . Décédé
en 2011, celui-ci mériterait à coup sûr une place plus importante dans
l’histoire de la chanson française. La version originale est de 1955. Celle-ci
a été enregistrée en 1966 et a ma préférence en raison de son petit
accompagnement de banjo. SW
Après avoir lu le « Tour du monde en
solitaire » de Joshua Slocum, Jack London et son épouse Charmian décident
de répéter l’expérience et se font construire un voilier, le Snark. Commencé à San Francisco en avril
1907, leur voyage s’arrêtera en Australie en novembre 1908 en raison de
problèmes de santé de Jack. Celui-ci aura néanmoins pu réaliser son rêve : vagabonder
dans les îles du Pacifique et en rencontrer les peuplades. Mais cela n’aura pas
été sans heurts : marin inexpérimenté, London a été floué par les différents
constructeurs et fournisseurs de son bateau, rapidement surnommé «
l’Inconcevable et le Monstrueux ». En outre le skipper qu’il a embauché s’est
révélé être un tel marin d’eau douce qu’il a été débarqué à Hawaii. Fort
heureusement, l’écrivain a parfaitement réussi à le remplacer à bord. Cette aventure est également l’occasion de
découvrir à la fois la vie en mer et des mondes de moins en moins nouveaux, le
tourisme et la civilisation commençant à faire leurs ravages. Bien accueilli à
sa parution, ce livre témoigne de la personnalité franche et sympathique de son
auteur et laisse transparaitre l’amour qui la liait à son mari.
Si le nom est connu, le prénom l’est beaucoup moins. Dans
un style simple et direct, teinté d’humour, avec un zeste de naïveté, Charmian
nous emmène découvrir jour après jour la vie à bord, les iles, les paysages,
les rencontres. On retrouve parfois les étonnements de Melville (Omoo) et les
lumières de Gauguin, mais décrits par une femme qui se baigne, bronze, porte
culotte de cheval et vit comme une femme d’aujourd’hui. Un excellent moment qui
nous emmène voguer d’île en île, au soleil et dans un monde encore vierge,
très agréable par ces temps sombres et froids. MM
*Il
s’appelait Ptirou, scénario d’Yves Sente, dessins de Laurent Verron,
Ed. Dupuis – 2017
En ce soir de Noël
1959, dans la banlieue de Charleroi, trois enfants impatients réclament à leur
oncle Paul un récit, lequel sera inspiré d'un épisode vieux de presque trente
ans... Non, point de dyslexie ni de dérapage de doigt sur clavier glissant, on
vous parle bien de Ptirou, et non de Spirou.
Mais il va de soi que la presque homonymie n'est pas fortuite. Ptirou n'est pas étranger à Spirou. En fait, il en est l'inspirateur. Du moins si l'on en croit Verron et Sente, auteurs du tome 12 de la collection "Spirou et Fantasio vus par ...", qui imagine ce qui, dans la réalité des années 20, aurait inspiré en 1938 à Robert Pierre Velte (alias Rob-Vel) le groom le plus populaire de la bande dessinée. La ficelle est grosse ? Détrompez-vous : en écrivant ce récit, Yves Sente avait bien en tête une anecdote confiée par Rob-Vel lui-même. A l'époque où il était steward à bord du paquebot île de France, il avait été témoin du funeste accident qui avait précipité un jeune groom de sonnerie par-dessus bord. C'est à ce jeune homme qu'il décidé de rendre hommage le jour où Dupuis lui confia le soin d'imaginer un personnage pour le magazine que l'éditeur belge comptait créer. Laurent Verron, digne héritier de Roba, Peyo et Franquin, et Yves Sente, scénariste aux mille visages, se sont immergés dans l'atmosphère de ces années grises afin d'en restituer brillamment l'essence. Le trait enlevé de Verron magnifie ce panorama d'une époque en proie à la lutte des classes, sur fond d'immigration et de vastes traversées. Cette épopée transatlantique, que colorent les romans de Dickens, fait se côtoyer la grande Histoire avec la petite à travers les destinées de ses deux jeunes héros.
Ceux qui
ont découvert Spirou voici bien longtemps seront heureux de retrouver l’oncle
Paul, et de savoir comment est née l’histoire du groom en habit rouge. Mais cet
album n’est pas réservé au public grisonnant, et les plus jeunes pourront aussi
d’autant plus se régaler qu’on peut la lire indépendamment du contexte Spirou.
Détaillée et solidement ancrée dans le contexte historique de l’époque,
l’aventure se lit à plusieurs niveaux, dans un rythme qui n’aura pas de répit
jusqu’à ce monde où tout est possible. MM
Prix de la BD FNAC 2015
L’histoire narrée par Wilfrid Lupano est terriblement
touchante et l’on est pris dans les mailles de ses filets : lorsque monsieur,
pêcheur près de Douarnenez, disparaît en mer, madame part à sa recherche durant
un long voyage qui la mènera jusqu’à Cuba.
Ils vont évidemment vivre un tas d’aventures cocasses, drôles,
extraordinaires et parfois invraisemblables. On se prend rapidement d’affection
pour ces deux Bretons qui ne sont plus tout jeunes, et on les suit sans
problème chacun à leur tour dans leurs pérégrinations, tant la balade est dépaysante
et romantique.
Le point fort de cet album est l’absence de
dialogue, qui nous force à nous concentrer sur le dessin et la mise en page.
Exemple : les cases les plus petites
renvoient à des actions plus rapides, tandis que les plus larges incitent le
lecteur à s’attarder davantage sur une prise de vue qui vaut le coup d’œil. De
même, les personnages sont forcément expressifs, et souvent burlesques.
Tout commence
avec une quatrième de couverture 100 % réussie !! Voilà un album
vivifiant, profondément humain et tendre que je vous recommande. A coup sûr,
vous plongez les yeux fermés dans un océan d’amour ! DM
Ce livre est en
fait un journal dans lequel Paul-Emile Victor –qui eut quelque temps « une
cabane » à St-Léger – décrit 14 mois passés sur la côte est du Groenland
(la plus froide) avec les Esquimaux Ammassalik, en 1936 et 1937. C’est le
célèbre Dr. Charcot, qui, à bord de son navire polaire le Pourquoi-Pas, lui livre du matériel scientifique et l’amène sur le
lieu qu’il a choisi pour passer l’hiver.
L’explorateur partage sa joie de vivre au quotidien, mais aussi ses
moments de découragement. Le 20 déc.1936
il écrit ainsi : “Pas de requins, pas de
saumons, peu de phoques, mes meilleurs chiens (de traîneau) sont morts et
surtout Yoana, ma meilleure informatrice est morte”. C’était la plus âgée de la famille dans
laquelle il vivait et par conséquent la seule capable de raconter les anciennes
croyances et coutumes. En revanche,
quand il parle de l’odeur de phoque faisandé, on sent son incroyable ouverture
d’esprit et sa résilience, tant physique que mentale. Il développe aussi une grande amitié avec
Kristian un homme de son âge, et une relation amoureuse avec Doumidia une belle
jeune femme de 19 ans. Son succès auprès
des indigènes est en grande partie dû à sa maîtrise de leur langue, apprise
lors d’un précédent voyage.
Ce
livre m’a permis d’en découvrir davantage sur l’explorateur polaire qu’était
Paul-Emile Victor. Je le recommande pour le dépaysement qu’il apporte, pour ses
descriptions d’un mode de vie sans doute disparu et pour sa relation des indispensables
relations humaines dans un pays d’inconfort extrême. SV
Ruinée par la
sécheresse qui, pendant la Grande dépression de 1929, ne lui permet de
rembourser ses emprunts, une famille pauvre de métayers quitte l’Oklahoma pour
la Californie, présentée par la propagande comme un Eldorado où le travail
abonde et où les conditions de vie sont paradisiaques. Accompagnée d’un ami
pasteur –soit une quinzaine de personnes au total– elle s’entasse dans un vieux
camion au bout du rouleau pour un périple de plusieurs milliers de kilomètres
sur la fameuse route 66. Elle n’est pas seule sur le chemin de l’exil, où
beaucoup de véhicules tombent en panne et sont abandonnés. Bien des personnes
âgées meurent, tandis que certains jeunes abandonnent et tentent de s’installer
dans les régions traversées. Mais il y a aussi beaucoup de solidarité en cas de
coup dur.
Le récit de ce
voyage n’occupe pas tout le roman. Il est précédé d’une longue description de
la famille et de l’évolution des conditions de vie. Est ensuite décrite
l’installation (et dans quelles conditions !) des migrants et leur difficile
intégration dans une région bien évidemment très différente de ce qu’ils
imaginaient.
Ce roman est magnifique. On partage véritablement la vie
des différents personnages et des différentes communautés. On les accompagne
tout au long de leur histoire, de leurs épreuves, de leurs espoirs et de leurs
quelques moments de bonheur. Le relire après des dizaines d’années est une
grande satisfaction et une redécouverte. FB
La découverte de l’Amérique, de Christophe
Colomb, traducteurs Michel Lequenne et Soledad Estorach, Ed. La découverte –
2005
Les trois volumes
de La découverte de l’Amérique constituent l’édition la plus complète jamais
parue en France des écrits de Christophe Colomb. Ils réunissent le journal de
bord du premier voyage (t. 1, 1492-1493), les relations des trois voyages
suivants (t.2, 1493-1504), et enfin des écrits et documents depuis longtemps
tombés dans l’oubli ou n’ayant jamais été traduits (t. 3, 1492-1506). La figure
à la fois énigmatique et fascinante de celui qui fit basculer l’histoire du
monde se dégage de ces textes dans toute sa grandeur, ses contradictions, sa
complexité. Michel Lequenne en est convaincu : Colomb cherchait moins les
“Indes occidentales” qu’un véritable continent inconnu. Il ne douta pas de
l’avoir découvert, mais crut toujours que ce Nouveau monde était sud-asiatique,
et ignora que c’était celui que nous appelons l’Amérique.
Cette lecture n’a rien de facile, et on ne s’y engage
qu’à petites doses. Mais un passage m’a particulièrement fasciné : c’est celui
où, en abordant l’embouchure de l’Orénoque, Christophe Colomb exprime la
conviction que ce fleuve puissant et mystérieux prend sa source… au paradis
terrestre ! Car en homme encore profondément imprégné de la culture médiévale,
il croit bel et bien en l’existence géographique de celui-ci. SW
Prochain comité de lecture
samedi 10 mars 2018 à 10H30
Avec pour thème : LE JAPON
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