mercredi 13 juin 2018

Le cercle de lecture du mois de mai a pour thème : LA BELGIQUE




Parfaite occasion de célébrer Jacques Brel ? Oh, trop facile !!! Allons plutôt chercher Jeanne Moreau, qui enregistra en 1981 tout un disque adapté du poète belge Norge (1898-1990), dont « Le petit non »  CLIQUEZ ICI.  Ce n’est pas la partie la plus connue de sa discographie, mais certainement pas non plus la moins jolie.  SW



Faux passeports, de Charles Plisnier, Ed. Buchet-Chastel – 1996 (première parution : 1937)

Il y a des œuvres dont le temps révèle la vérité. Faux passeports est de celles-là. Ce roman rend compte, en effet, de la destruction d'une espérance collective dont l'éclatement de l'empire soviétique, plus de cinquante ans après, illustrera l'ampleur et la tragédie. Convaincu de trotskisme et exclu du Parti communiste lors du congrès d'Anvers en 1928, Charles Plisnier s'est inspiré de son itinéraire personnel pour écrire cette suite narrative dont les personnages - mus, torturés, divisés par le même idéal - prennent aujourd'hui un singulier relief, une étrange épaisseur. 

J’ai une affection particulière pour cet auteur aujourd’hui oublié, et en particulier pour ce livre d’autant plus fort qu’il est chargé de ses désillusions personnelles. Charles Plisnier, qui s’y révèle étonnamment visionnaire, eut alors le courage de s’opposer à une grande partie de l’intelligentsia de l’époque. Faux passeports fut en 1937 le premier ouvrage étranger couronné par le prix Goncourt, et Plisnier fut proposé pour le prix Nobel de littérature en 1951. FB



La vie des abeilles, de Maurice Maeterlinck, Ed. Le Livre de poche
(Première parution : 1901) 

Suivant pas à pas la vie d'un essaim depuis qu'il a quitté la ruche chaude et confortable pour affronter un monde plein de périls, Maeterlinck évoque « cette étrange petite république, si logique et si grave, si positive, si minutieuse, si économe, et cependant victime d'un rêve si vaste et si précaire ». Il décrit de façon saisissante tous les actes du drame, l'essaimage, l'élevage des nouvelles reines, l'exclusion des bourdons après le vol nuptial, le massacre des mâles, et peu à peu, l'hiver venant, le retour au grand sommeil. 
Maeterlinck, qui obtint le prix Nobel de littérature en 1911, a en quelque sorte fondé avec ce livre la sociologie animale. Il y pose surtout mille questions, car ce chef-d’œuvre d'un grand naturaliste est aussi l’œuvre d'un poète et d'un philosophe, pénétré d'esprit scientifique. 

Rien de commun, bien sûr, avec Les fourmis de Bernard Weber. Ceux qui y cherchent un traité d’apiculture en seront pour leurs frais, car le plus intéressant, dans cette lecture, est l’analogie constante qu’établit Maeterlinck entre le monde animal et celui des hommes. Il n’en reste pas moins qu’un tel ouvrage peut paraître aujourd’hui bien désuet, et on peut se contenter de ne le lire que par petites doses (il est facilement consultable en PDF sur internet).  CP



La maison du canal, de Georges Simenon, Ed. Pocket – 1976 (première parution : 1932)

C'est au cœur de la campagne du Limbourg, dans la ferme de ses cousins Van Elst, que choisit d'aller vivre Edmée, restée seule à seize ans après la mort de son père. Géré tant bien que mal par Fred, l'aîné des Van Elst, et son cadet Jef, ce domaine grevé d'hypothèques semble destiné à péricliter irrémédiablement. Orgueilleuse et dominatrice, la jeune fille ne va pas tarder à susciter la passion de Fred, pour lequel elle éprouve une attirance mêlée de dégoût. Plus sensible sous des dehors bourrus, Jef paraît lui aussi fasciné. Comment sauraient-ils que sont déjà en place tous les mécanismes qui vont les amener vers l'échec et la tragédie ? Le lecteur le découvrira en même temps qu'eux, au fil de ces pages envoûtantes et inquiétantes, plongées dans l'interminable et pluvieux hiver belge.

Ce livre est sans doute un des derniers que Simenon situe dans sa Belgique natale (à l’époque, il était installé depuis dix ans à Paris et avait déjà imaginé le personnage du commissaire Maigret). Mais c’est aussi un des plus noirs et des plus durs, et il est difficile d’imaginer ambiance plus oppressante que celle de cette campagne constamment gorgée de pluie. Comme la plupart des romans « durs » (c’est-à-dire non-Maigret) de Simenon, celui-ci est concis, incisif et lourd d’une rare puissance d’évocation.  CP



Ni d’Eve, ni d’Adam, d’Amélie Nothomb, Ed. Albin Michel – 2007

Selon les propres dires d’Amélie Nothomb, Stupeur et tremblementspourrait donner l'impression qu'au Japon, à l'âge adulte, elle a seulement été la plus désastreuse des employés.  Mais dans Ni d'Ève ni d'Adam, elle révèle aussi qu’à la même époque et dans le même lieu, elle vécut une importante histoire d’amour avec Rinri, un Tokyoïte très singulier. Ou plutôt une initiation amoureuse et culturelle, drôle, savoureuse, insolite et instructive : si les codes de la société japonaise demeurent souvent impénétrables, l'étranger qu'est l'occidental est aussi source de quiproquos et de malentendus. 

Voilà un livre extrêmement distrayant, facile à lire et plein d’humour. On ne s’ennuie pas un instant. Ce qui n’empêche pas Amélie Nothomb de décrire avec beaucoup de finesse la société nippone qu’elle connaît si bien. Le chapitre consacré à l’ascension du mont Fuji -pèlerinage indispensable à tout Japonais qui se respecte- est en particulier un modèle du genre. SV



Tintin au Congo, par Hergé, Ed. Casterman (noir et blanc : 1931, couleurs : 1946)

Dans ce deuxième volume des aventures de Tintin (après le rarissime Tintin au pays des Soviets), le personnage du plus célèbre reporter du monde n’est pas encore totalement abouti, et aucun de ses compagnons contribuant au charme de la série (le capitaine Haddock, les Dupont-Dupond…) n’est encore présent. Plutôt qu’une véritable intrigue, le scénario est une suite de sketches sans grande consistance. Mais rien de tout cela n’a empêché l’album de rester extrêmement populaire au fil des générations. 
On sait qu’après la Seconde guerre mondiale, Tintin au Congovalut à Hergé d’être accusé de préjugés racistes et colonialistes. Et ce à tel point que l’album, colorisé en 1946, ne fut ensuite réimprimé qu’au début des années 1970. Force est de reconnaître que ces reproches ne sont pas dénués de fondements, mais il faut les relativiser et tenir compte du contexte de l’époque. Dans la suite de son œuvre, Hergé fera preuve d’une plus grande ouverture d’esprit. 

Raciste, Tintin ? Ses aventures restent si bon enfant qu’on ne peut plus vraiment lui en faire le reproche. Tout cela est si excessif, si peu réaliste et surtout si drôle qu’on peut le lire sans trop de culpabilité. Les enfants ne s’y trompent pas, eux qui savent très bien reconnaître ce qui est «pour de faux».  Tintin nous a tous séduits génération après génération, et c’est une belle réussite. SV 



L’apparition des esprits, 
Suivi deLe véritable amour, par Jacqueline Harpman, Ed. Livre de poche – 2005 

« Il en est du véritable amour comme de l'apparition des esprits : tout le monde en parle, mais peu de gens en ont vu.»C'est à cette formule de La Rochefoucauld que ces deux romans - à moins qu'ils n’en forment qu’un seul en deux volets - empruntent leur titre. Plus connue pour La plage d’OstendeOrlanda(prix Médicis 1996) ou La Dormition des amants, Jacqueline Harpman y met en scène une toute jeune fille, Catherine, et l'amitié singulière qu'elle noue avec Alker, un quadragénaire ami de ses parents, célibataire endurci. Comment s'avouerait-elle l'attirance qu'elle éprouve pour lui ? Et cet homme, trop conscient de sa propre inconstance, peut-il se reconnaître le droit de prendre ce qu'elle finit par lui offrir ?Un jour de juillet, pourtant, Catherine reviendra frapper à sa porte... Mais il aura fallu d'abord qu'elle traverse une éducation sentimentale dont l’auteur nous révèle les tours et détours avec autant de finesse que d'humour, dans un style qui n’est pas sans rappeler la littérature du XVIIIe siècle. 

Ces deux romans n’en forment qu’un, tant le passage de l’un à l’autre est fluide. Pourtant, quarante ans les séparent, L’apparition des espritsdatant de 1960 et Le véritable amourde 2000. Un tel écart est sans doute unique en littérature. Comme l’héroïne, le talent de l’auteur a mûri entre les deux moitiés du récit, marquées à la fois par l’ironie de la narratrice et par une élégance d’écriture devenue rare. Jacqueline Harpman (1929-2012) maniait l’imparfait du subjonctif comme personne, jamais avec ridicule et toujours à bon escient. Je suis assez hermétique à cette littérature un peu trop sentimentale pour mon goût, mais sais tirer mon chapeau devant la beauté d’un style.  SW



Le chagrin des Belges, par Hugo Claus, Ed. Julliard – 1985

Louis Seynaeve, élève dans un pensionnat de religieuses, puis dans un collège de jésuites, est un enfant précoce qui cache ses blessures intimes sous une carapace d'indifférence. Avec une lucidité inquiétante, il regarde les adultes se débattre autour de lui : en ces temps troublés (1939-1947), la ville imaginaire de Walle, à deux pas de la frontière française, est le théâtre d'un écartèlement : les Flamands sont pris en tenaille entre leur fidélité à la Belgique et la fraternité pangermanique offerte par l'Allemagne nazie. Confusion, insatisfaction et sentiment de duperie tisseront les années d'enfance et d'adolescence de Louis. A travers une incroyable galerie de portraits, ce livre révèle tout l'exotisme d'un pays si proche, d'un "plat pays" extraordinaire qui est celui de Breughel, de James Ensor et de Michel de Ghelderode.

Ce livre, qui fait toucher du doigt l’identité belge, est sans doute le plus important de la littérature flamande.  Il faut du temps pour y entrer, et je comprends que nombre de lecteurs “calent” devant ses 600 pages ou soient déconcertés par une narration à la limite de l’onirique, où l’on ne distingue pas toujours le réel de l’imaginaire.  En tout cas, Hugo Claus y brise le tabou de la collaboration avec l’occupant en pays flamand. Sans complaisance ni indulgence, mais sans non plus la férocité de Jacques Brel dans sa chanson Les Flamingants[vimeo.com/35330358].  SW



Les contes du whisky, par Jean Ray, Ed. Alma – 2016 (Première parution : 1925)

Les Contes du whisky est le premier recueil de nouvelles fantastiques de Jean Ray, l’un des quelque 170 pseudonymes de l’écrivain belge bilingue Raymond Jean Marie De Kremer (1887-1964). L'édition de 2016 présente pour la première fois en langue française l'ensemble des textes parus entre 1923 et 1925 dans leur version intégrale. Elle propose aussi une bibliographie complète des différentes éditions des Contes du whiskyen langue française. Coupé de sang ou teinté de fiel, le whisky trône au bar comme le breuvage roi. Alcool philosophal, il porte en lui tous les vertiges, toutes les révélations et tous les songes. Immondes mutations arachnéennes, anecdotes à l’humour d’un noir goudronneux, récits de maraudeurs et dits de forbans, saynètes d’usuriers et bestiaires frénétiques, confessions d’autre monde ou fariboles d’ivrognes chacun de ces 38 contes est une prose arrachée à l’album de la nuit et aux ivresses de la fleur du malt.
Malgré des débuts délicats en France, Jean Ray occupe désormais la place la plus importante au sein de l'école belge du fantastique. Son œuvre se caractérise surtout par des histoires peuplées de fantômes et de créatures de l'au-delà. La peur en est le moteur principal, ainsi que ce que cache chaque masque que porte tout individu et l'idée de la survivance des dieux. Son écriture baroque doit beaucoup au roman gothique anglais du XVIIIe siècle. L'œuvre de Dickens a énormément influencé Jean Ray, qui l’évoque dans bon nombre de nouvelles.


Il s’agit clairement d’un premier ouvrage : même si les intrigues sont menées de façon efficace, le dénouement est en souvent très (trop ?) rapide. Les thèmes sont très variés et les issues parfois heureuses, parfois fatales et quelquefois amusantes. On y retrouve des descriptions du Londres de Dickens, teintées par Edgar Poe. La lecture en est agréable et pour les amateurs du genre, on passe quelques moments sympathiques. Le whisky y est un confident ou un boutefeu, un conseiller ou un ami avec qui sombrer à pleins verres, mais aussi, plus dangereusement, l’or du démon.  MM



Malpertuis, par Jean Ray, Ed. Alma – 2017 (première parution : 1943)

Le vieux Cassave, rosicrucien âgé de plus de 200 ans est en train de mourir. Il convoque les membres de sa famille dans sa demeure qu'il a nommée Malpertuis. Il annonce que chaque personne voulant toucher l'héritage devra y vivre désormais. Ses ordres sont que seul le dernier vivant pourra avoir la fortune. S'il reste un homme et une femme, ils devront se marier et toucheront l'héritage à deux. La mort de Cassave va libérer des forces surhumaines qui se déchaineront pour obtenir l’héritage, dont la véritable nature se révèlera sans doute la liberté. Jean-Jacques Grandsire, le jeune héros « candide », vit avec sa sœur Nancy parmi ces êtres étranges. Il suscite l’amour chez sa cousine Euryale et chez Alice, la plus jeune de sœurs Cormélon. Au fil du temps, il essaiera de dénouer l'énigme des mystères qui hantent cette horrible demeure mais les scènes terribles auxquelles il assistera, l'ombre des maléfices et le souffle du sacré vont perturber gravement sa santé. Il ne devra un répit temporaire qu’à la puissance d’Eisengott qui seul pourra le guérir du maléfice dont il sera victime et à l’amour d’une servante d’auberge qui l’emmènera loin de cet endroit maudit vivre quelque temps une vie d’homme. Mais, homme ou dieu, personne n’échappe à la destinée, l’avenir d’Euryale et de Jean-Jacques ne sera pas celui préparé par l’oncle Cassave, ni celui voulu par eux-mêmes.

Il n’a pas fallu moins de cinq narrateurs pour conter cette intrigue, et il faut certainement autant de lectures pour rassembler tous les éléments de ce chef d’œuvre tant il fourmille d’éléments de référence et d’enchevêtrements d’intrigues. Après ses nouvelles, ce premier roman hisse Jean Ray au niveau de Poe ou de Lovecraft. Les références à la mythologie grecque ou européenne (l’abbé Doucedame – précepteur de Jean-Jacques - se révèlera être loup garou), la présence de la religion catholique et de ses représentants, ancrent fortement cette fabuleuse histoire dans notre culture et lui donnent une vraisemblance immédiate. Je le relis régulièrement avec toujours autant de plaisir. MM



*Astérix chez les Belges, par René Goscinny (scénario) et Albert Uderzo (illustration), Ed. Dargaud – 1979.

Cet album est le dernier de la série réalisé par René Goscinny, mort pendant la réalisation de la BD. Il ne restait qu’une dizaine de pages à dessiner par Uderzo. Pour lui rendre hommage, Uderzo a dessiné dans la dernière case un petit lapin qui part en pleurant, clin d’œil au fait que Goscinny appelait sa femme « mon lapaing ».
Les Romains du camp retranché de Laudanum, revenus traumatisés d’une campagne en Belgique, apprennent aux villageois que Jules César lui-même décrit les Belges comme les plus braves de tous les peuples de la Gaule. Abraracourcix, outré, décide d’aller voir ce qu’il en est et de défendre la réputation des Gaulois. Astérix et Obélix l’escortent avec peu d’enthousiasme. Arrivés en Belgique, les Gaulois font la connaissance d’une tribu belge et décident d’organiser un concours arbitré par Jules César…
Comme tous les albums d’Astérix, Astérix chez les Belgescomporte de nombreux clins d’œil. La réplique du chef belge “Après des semaines et des semaines d’esclavage, on a décidé qu’on ne savait plus supporter !” est par exemple une allusion à la Brabançonne, l’hymne national belge. A propos du paysage, il répond aussi à Astérix, Obélix et Abraracourcix : “dans ce plat pays qui est le mien, nous n’avons que des oppidums pour uniques montagnes”, référence évidente à la chanson de Jacques Brel. On notera aussi petits clins d’œil à la dentelle de Binche et à la Gueuze, fameuse bière belge.
Cet album comporte également quelques caricatures sur de célèbres Belges tels que Nicotine (Annie Cordy), un légionnaire ressemblant étrangement à Pierre Tchernia, le messager rapide (le cycliste Eddy Merckx) etc.

J’ai relu avec plaisir cet album qui malgré son « grand âge », n’a pas pris une ride !!


PROCHAIN CERCLE DE LECTURE
LE SAMEDI 9 juin 2018
THEME: LE ROMAN POLICIER

L'heure du Conte du mois de Juin 2018


25 Enfants et une dizaine d’adultes sont venus à notre dernier rendez-vous avant les grandes vacances  !!!




Nous avons entamé l’heure du conte par la lecture d’un album.


BEBES CHOUETTES de Martin Waddell et Patrick Benson – 1999

Toutes les chouettes réfléchissent beaucoup, même les bébés chouettes comme Sarah, Rémi et Lou. Et, c’est la nuit qu’ils réfléchissent le plus, quand il fait noir, qu’ils sont seuls et que leur maman chouette n’est pas encore rentrée …





Anne nous a ensuite présenté un Kamishibaï.







LE CUISINIER EST DE MAUVAIS POIL, texte et illustrations de Noriko Matsui – 2009

Le chef cuisinier est de mauvais poil, comment faire pour le dérider ? Ce kamishibaï s’appuie sur de multiple jeux de glissement d’images : on fait glisser horizontalement la première image sur la deuxième comme si l’on étirait le papier et l’on voit alors le visage du chef s’étirer …


Éclats de rire assurés, les enfants ont adoré !!!!




Nous nous sommes quittés après la dégustation d’un bon goûter.



LES BIBLIOTHECAIRES VOUS DONNE RENDEZ-VOUS

MERCREDI 3 OCTOBRE 2018
A 16H00 Salle du Conseil de la Mairie

Le Cercle de Lecture du mois de Juin a pour thème "Le polar"



Qui a dit que roman noir et humour noir ne faisaient pas bon ménage ? Sûrement pas Francis Lemarque, dont « Le tueur affamé » CLIQUEZ ICI raconte l’histoire d’un tueur à gages surchargé de travail au point de ne plus avoir le temps de déjeuner.  

D’accord, cela date de 1949… Mais cette période n’était-elle pas l’âge d’or du roman policier ?  SW



La colline des chagrins, de Ian Rankin, Ed. Livre de poche – 2007 

Comme dans toute la série des “John Rebus”, l’intrigue a pour cadre Édimbourg,
où une étudiante fille de banquier a disparu. Deux pistes s’ouvrent à l’inspecteur Rebus : la première est la découverte, près de la maison de la jeune fille, d’un cercueil miniature identique aux modèles exposés par le Musée historique de l’Ecosse ; la deuxième est un jeu de rôles auquel la disparue participait sur Internet. Rebus, qui a la soixantaine et est nul en informatique, préfère s’intéresser aux cercueils, tandis que sa collègue Siobhan (prononcer Shi-vawn), plus jeune, remonte le fil du jeu de rôles. L’intuition de Rebus sauvera à la fois leur vie et leur réputation
professionnelle.
Couronné par de nombreux prix littéraires (dont le Grand Prix de Littérature Policière 2005) et traduit en 35 langues, l’écrivain écossais Ian Rankin est l’auteur de romans policiers le plus lu en Grande-Bretagne. Sombre et mal famée, l’Édimbourg qu’il décrit n’a que peu de rapports avec l’image qu’en ont les touristes. 

J’aime particulièrement le personnage de John Rebus. Divorcé, bougon et rebelle envers sa hiérarchie, il fréquente assidûment de nombreux pubs de la ville et sait aussi être touchant et drôle. Ses dialogues avec ses collègues sont excellents. Par ailleurs, chaque livre nous fait découvrir un aspect de l’Ecosse contemporaine, avec la présence de la Mafia russe, l’industrie pétrolière de la mer du Nord ou le nouveau Parlement écossais. Avec Ian Rankin, la littérature policière vaut largement la littérature tout court.  SV



*Birdman, de Mo Hayder, Ed. Pocket – 2000 

Dans un terrain vague de la banlieue de Londres, une pelleteuse exhume cinq cadavres de femmes. Un seul lien unit tous ces corps tailladés, puis recousus : un oiseau a été enfermé à l'intérieur de chaque cage thoracique. C'est avec ces meurtres en série que l'inspecteur Jack Caffery inaugure son nouveau poste au Service régional des enquêtes sensibles. Entre l'hostilité de certains collègues, sa vie conjugale étouffante et la tension grandissante avec un voisin qu'il soupçonne d'être responsable de la disparition de son propre frère, Caffery est mis à rude épreuve. Mais l'enquête dont il est chargé est de celles qui font oublier tout le reste.
Fille d'universitaires anglais, Mo Hayder est née à Londres. À 16 ans, en 1978, elle quitte sa famille et exerce divers petits emplois avant de partir au Japon à l'âge de 25 ans, où elle réside pendant deux ans. De retour en Grande-Bretagne, Mo Hayder décide de se consacrer à l'écriture. Elle fréquente les milieux policiers, les médecins légistes, et met deux ans à écrire Birdman à partir de notes prises sur le terrain. Ce premier roman lui vaudra une entrée très remarquée dans le monde du thriller. Suivront notamment L'homme du soir et Tokyo (lauréat du Prix SNCF du Polar européen et du Prix des lectrices d’ELLE).

Un roman qui tient le lecteur en haleine, à chaque chapitre son rebondissement. L’écriture en est très agréable, et c’est sans aucun doute un livre à recommander à nos amateurs de polar.  DM



Cabossé, de Benoît Philippon, Ed. Série noire/Gallimard – 2016

Quand Roy est né, il s’appelait Raymond. C’était à Clermont, il y a quarante-deux ans. Il avait une sale tronche. Bâti comme un Minotaure, il s’est taillé à coups de poing son chemin dans sa chienne de vie : une vie de boxeur ratée et d’homme de main à peine plus glorieuse. Jusqu’au jour où il rencontre Guillemette, une luciole fêlée qui succombe à son charme, malgré son visage de « tomate écrasée » …et jusqu’au soir où il croise Xavier, l’ex jaloux et arrogant de la belle – lequel ne s’en relèvera pas.
Roy et Guillemette prennent alors la fuite sur une route sans but. Une cavale jalonnée de révélations noires, de souvenirs amers, d’obstacles sanglants et de rencontres lumineuses. Dont celle d’une certaine Berthe Gavignol, centenaire à la gachette plus que chatouilleuse et au cœur d’or.
Ce roman en forme de road movie est le premier de Benoît Philippon, qui avait auparavant réalisé deux films : Lullaby for Piet Mune, le gardien de la Lune

Difficile de trouver plus cabossé par la vie que Roy. Plus romantique qu’il n’y paraît, ce Quasimodo a trouvé son Esmeralda en la lumineuse Guillemette. L’intrigue est noire (parfois à l’excès) et le style tout en coups de poing, à l’image du héros. Mais cette brutalité est éclairée par d’innombrables taches de lumière et autant de traits d’humour.  Un bémol, toutefois : j’ai été agacé par la suppression systématique des doubles négations. C’est admissible dans les dialogues, beaucoup moins dans le texte. Mais soit, cela ne m’a pas empêché de lire ce roman d’une traite...  SW 



Mamie Luger,de Benoît Philippon, Ed. Les Arènes – 2018  

A 6 heures du matin, Berthe (102 ans…), accueille à la carabine l’escouade de flics qui a pris d’assaut sa chaumière auvergnate après le départ de Roy et Guillemette. A 8 heures, l’inspecteur Ventura entame la garde à vue la plus ahurissante de sa carrière. La vieille dame au Luger passe aux aveux et le récit de sa vie est un feu d’artifice.  Il y est question de meurtriers en cavale, de veuve noire et de nazi enterré dans sa cave. Alors aveux, confession ou règlement de comptes ? Ventura ne sait pas à quel jeu de dupes joue la vieille édentée, mais il sent qu’il va falloir creuser. Et pas qu’un peu.
« Centenaire, féministe… et serial killeuse », proclame le bandeau du roman. On ne saurait mieux décrire Berthe, alias Mamie Luger et cousine européenne de Ma Dalton. Personnage secondaire dans Cabossé, elle brille ici de mille feux.Et avec quel éclat !

Gouailleuse et vacharde, Berthe fait autant mouche avec ses répliques acérées qu’avec les balles de son 9 mm.  Femme libre et virtuose de l’humour noir, elle a traversé les horreurs du siècle sans jamais se laisser marcher sur les pieds… avec une interprétation très particulière de Simone de Beauvoir. J’avais aimé Cabossé, j’ai adoré rire avec Mamie Luger. D’autant plus que cette fois, les doubles négations étaient au rendez-vous… Il est vivement conseillé de lire ces deux livres dans l’ordre pour les savourer pleinement.  SW



Le marchand de sable, de Lars Kepler, Ed. Actes Sud – 2014

Un tueur en série psychopathe est incarcéré sous très haute surveillance dans une unité psychiatrique en Suède. Il enlevait ses victimes et les éliminait après une séquestration plus ou moins longue dans des conditions épouvantables. Mais treize ans après son internement, un jeune homme est retrouvé errant en plein hiver sur une voie ferrée. On découvre très vite qu’il avait disparu avec sa petite sœur avant que le tueur ne soit arrêté. Sauvé de justesse, il supplie qu’on la recherche, car elle est maintenant seule et très malade. Et tout semble indiquer que le tueur a probablement un complice encore en liberté. Mais il faut faire vite.
Pour obtenir de ce détenu a très hauts risques les informations nécessaires à l’enquête, un seul moyen : introduire dans l’hôpital une policière volontaire censée être elle aussi une meurtrière très dangereuse. Sa mission est de gagner la confiance du tueur et de le faire parler. Seuls quelques policiers sont au courant, et l’hôpital ne sera pas informé du stratagème. Parallèlement, la police fouille le passé du tueur depuis son enfance, notamment en Russie, dans l’espoir de découvrir des indices sur les lieux qu’il aurait pu fréquenter. 

Ici, pas question d’humour noir, ni même d’indications sur la société du pays, comme c’est de plus en plus le cas dans les romans policiers des pays nordiques, asiatiques ou autres. Sombre, violent et sans digressions superflues, ce long roman est concentré sur l’enquête et la vie présente et passée des personnages liés à l’affaire, dans le style sec et rigoureux propre à une grande partie de la littérature policière. Le suspense réside plus dans les méthodes et techniques utilisées par les différents acteurs que dans le dénouement, qui est un peu prévisible.  FB 




*Soda,série BD, Ed. Dupuy – 13 vol. depuis 1987
Scénario : Philippe Tome
Dessins : Luc Warnant (1987-1990), Bruno Gazzotti (1988-2005), Dan Verlinden (2014-)

« On m'appelle SODA, mais mon vrai nom, c'est Solomon. David Elliot Hanneth Solomon. Si elle savait, ma mère vous dirait sans doute que je suis policier, mais à New York, il n'y a pas de policiers, juste des flics.” 
Fils unique de Joseph Nathanael Solomon et Mary McIntyre, Soda (acronyme du nom du personnage principal, Solomon David) est un policier nez-yorkais taciturne et efficace. Sa mère, à la fois cardiaque et très croyante, s’est réfugiée chez lui après la mort violente de son père. Pour la ménager, il lui a fait croire qu'il n'était qu'un paisible pasteur un peu peureux. Il a ainsi appris à se changer en moins d'une minute chaque matin dans l'ascenseur pour quitter son costume ecclésiastique et redevenir le glacial lieutenant Soda. David envisage régulièrement d'avouer à sa mère sa véritable identité, mais à chaque épisode, une circonstance nouvelle l'en empêche ou le convainc de repousser cette douloureuse confession à plus tard. Chaque tome raconte une histoire indépendante, bien que les personnages principaux restent les mêmes. Cependant, les tomes 13 (paru en 2014) et 14 (encore à paraître) devraient former un diptyque intitulé Résurrection
Les premières planches de la série furent publiées dans Spirou en octobre 1986 avant d'être éditées en album cartonné dès septembre 1987Soda a connu une longue interruption de 2005 à 2014. Bruno Gazzotti avait quitté la série en novembre 2010 pour cause de désaccord avec le thème des deux albums suivants (les attentats du 11 septembre 2001). Philippe Tome (pseudonyme de Philippe Vandelde) a par ailleurs obtenu de nombreux prix, notamment pour sa reprise de Spirou et Fantasio après le décès de Franquin et pour la création du Petit Spirou

Faux pasteur et vrai flic, David Solomon, dit "Soda" (trois doigts seulement à la main gauche), affronte jour et nuit l'enfer des bas-fonds new-yorkais. Les véritables cauchemars se rêvent debout, colt Python au poing, dans l'une des métropoles les plus civilisées du monde. Sombre et complexe, Soda est un héros intéressant, ce qui fait de cette BD policière une lecture attirante pour les ados et les adultes. MM



*La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil, de Sébastien Japrisot, Ed. Denoël – 1966

Au début, rien que de très banal : à la veille d’un grand week-end du 14 juillet, la narratrice, jolie jeune femme (très myope) prénommée Dany, doit aller passer une soirée chez son patron pour un travail urgent. Le lendemain, elle conduit celui-ci et son épouse à l’aéroport au volant de leur superbe Thunderbird blanche… qu’elle conserve pour s’offrir une escapade dans le midi, car la tentation est trop forte. Mais peu à peu, ce voyage bascule dans l’insolite. Et tout comme elle, le lecteur va de surprise en surprise. Pourquoi un inconnu l’agresse-t-il dans une station-service au point de lui écraser la main gauche, sans pour autant lui voler d’argent ? Et surtout, comment se fait-il que tant de gens –une vieille dame, un hôtelier, un garagiste et même un gendarme ! – lui assurent qu’elle est déjà passée par là le matin même ? Sur cette route parsemée de rencontres plus ou moins bonnes, Dany en vient à douter de sa propre raison. Surtout lorsqu’elle découvre un cadavre dans le coffre… 
Cette femme aux gestes imprévisibles, chez laquelle on devine un passé douloureux, est-elle folle ou amnésique ? Est-elle sincère ?  Est-elle coupable ou au contraire victime d’une aventure qui la dépasse ? Patience, tout s’éclairera au dernier chapitre.

En redécouvrant ce roman après de nombreuses années, je savais que ce n’était pas Dany qui avait déjà emprunté ce trajet. Pourtant, je ressentais son angoisse. J’étais bouleversée par sa recherche d’identité. Et ne me souvenant plus des détails de la démonstration finale, je me demandais encore comment seraient justifiées certaines situations. J’ai aimé ce livre pour le sujet, les personnages, l’écriture puissante, riche à la fois de suspense et d’équilibre entre “polar” et romanesque. Sa lecture procure de multiples émotions.  CP



*La serpe, de Philippe Jaenada, Ed. Julliard – 2017

 Pendant une nuit de l'automne 1941, dans le vieux château d’Escoire, au fin fond du Périgord, le père, la tante et la bonne du jeune Henri Girard sont sauvagement assassinés à coups de serpe. Seul survivant de ce massacre en chambre close, le jeune homme est aussi le seul héritier des victimes. Frivole, dépensier, violent et arrogant, Henri Girard devient très vite le suspect numéro 1. Sa culpabilité semble d’autant plus évidente qu'il avait emprunté l'arme du crime à des voisins deux jours avant le drame. Mais après 19 mois de détention à Périgueux, son procès se solde par un coup de théâtre : en dépit de preuves considérées jusqu’alors comme accablantes, il est acquitté grâce à l’habileté de Me Maurice Garçon, le plus célèbre avocat de l’époque. A la grande indignation de l’opinion publique, toujours convaincue de sa culpabilité. Après l'abandon des charges pesant contre lui, Girard disparaît au Venezuela. Il rentrera en France en 1950 avec le manuscrit d'un roman intitulé Le Salaire de la peur, publié sous le pseudonyme de Georges Arnaud, puis porté à l’écran en 1953 par Henri-Georges Clouzot. 
Ce roman –mais il vaudrait mieux parler ici d’enquête romanesque– de Philippe Jaenada a été couronné par le prix Femina 2017.

Il ne s’agit évidemment pas d’un “polar”, mais d’une enquête serrée et minutieuse (640 pages…) sur un événement bien réel, qui défraya la chronique sous l’Occupation. Philippe Jaenada y reprend méticuleusement tous les éléments du dossier et démontre que beaucoup furent négligés à l’époque, tant la culpabilité d’Henri Girard/Georges Arnaud semblait évidente. C’est aussi une plongée dans une époque révolue, marquée par le pétainisme et les conditions de vie particulièrement difficiles provoquées par la guerre. Le plus fascinant dans tout cela est de voir que le même événement peut donner lieu à deux interprétations totalement différentes. Car il va de soi que Jaenada est convaincu de l’innocence de Girard, et emporte du même coup l’adhésion du lecteur, malgré les inévitables longueurs d’un tel “pavé”.  CP


Merci à Stéphanie, qui nous a fait parvenir ses impressions de lecture malgré son absence.


PROCHAIN CERCLE DE LECTURE

SAMEDI 6 OCTOBRE 2018

THEME : COUP DE CŒUR DE L’ETE

mardi 22 mai 2018

NOUVEAUTES MAI 2018




ALBUM JEUNESSE

LA CHEVRE BISCORNUE
DE CHRISTINE KIFFER                                                                      
                  
                                                                            








ROMANS JEUNESSE

MISS DASHWOOD TOME 2 ATTENTION ENFANT FRAGILE                             
DE GWENNAELE BAINSSAND

A partir de 9 ans.








C’EST MIEUX CHEZ TOI
DE BRIGITTE SINADJA 

A partir de 7/8 ans                                                                      








LILI VEUT FAIRE UNE BOUM
DE DOMINIQUE ST MARS 

A partir de 7 ans






                                                                   

LILI VEUT UN TELEPHONE PORTABLE                                                  
DE DOMINIQUE ST MARS

A partir de 7 ans








MAX ET LILI EN ONT MARRE DE SE DEPECHER                                    
DE DOMINIQUE ST MARS

A partir de 7 ans











DOCUMENTAIRE ENFANTS


P’TITS DOCS LE HANDICAP
DE STEPHANIE LEDU

A partir de 3 ans                                                                








P’TITS DOCS LES CRO-MAGNON                                                          
DE STEPHANIE LEDU

A partir de 3 ans











BANDES DESSINEES


LA ROSE ECARLATE TOME 13 ELLE A TELLEMENT CHANGE
DE PATRICIA LYFOUNG










SPIROU ET LES HERITIERS TOME 4
DE FRANQUIN










MAGIC 7 TOME 5 LA SEPARATION
DE KENNY RUIZ












DOCUMENTAIRE ADOS/ADULTES


L’APPARTEMENT UN SIECLE D’HISTOIRE RUSSE
D’ALEXANDRA LITVINA















ROMANS ADULTES

LE REVEUR DES BORDS DU TIGRE                                                      
DE FARWAZ HUSSAIN  










J’AI TOUJOURS CETTE MUSIQUE DANS LA TETE                                           
D’AGNES MARTIN-LUGAND










COMME DIEU LE VEUT                                                                
DE NICCOLO AMMANTI










PROFESSION DU PERE                                                               
DE SORJ CHALANDON










LA GUERRE DU FEU & AUTRES ROMANS PREHISTORIQUES 
DE JH ROSNY AINE












Très bonne lecture !